LA TOUR, Vallon du Villaret

Avril à novembre 2019

 

BARBARIANS, Edition GwinZegal

juillet 2018

 

BARBARIANS

27.06 - 4.11.2018

Centre d'art Gwinzegal, Guingamp

 

À l’occasion d’une résidence organisée par le Centre d’art GwinZegal, le couple d’artistes Cécile Hesse et Gaël Romier a poursuivi son travail de création en Bretagne. La relation des deux artistes n’est pas nouvelle, puisqu’ils œuvrent ensemble depuis une vingtaine d’années déjà. Leurs précédents travaux pourraient laisser croire que leur lieu de vie, ou de travail, n’a aucune influence sur leur œuvre, tant leur imaginaire semble libéré de tout contexte. Il n’en est rien : ils ont trouvé dans l’estran des côtes du nord de la Bretagne le théâtre parfait de leurs actions. Nul besoin de rideau à cette représentation immobile, c’est la marée qui recouvrira quotidiennement la scène, effaçant les traces de leur passage, qui, comme le rêve, dans cette sensation mitigée entre l’agréable et le dérangeant, nous fait douter l’espace d’un instant de la frontière entre le réel et le songe. Le choix de l’estran n’est pas anodin, à la limite entre deux mondes, la terre et la mer ; l’un matériel et restreint, l’autre invitant à un ailleurs en lien avec les forces cosmiques et porteur d’une rêverie qui touche aux origines de l’être et du monde. Nulle figure humaine n’encombre ces paysages, où l’on lit tout au plus quelques formes hybrides à la lisière de l’animal, de la mythologie et du végétal — à l’instar du personnage du headbanger, qui, figé dans son mouvement, évoque, silencieux les gesticulations d’une pieuvre en colère ou le feuillage d’une plante exotique. De ce décor de l’estran, d’ordinaire si spectaculaire, on n’aperçoit que le sol de sable immaculé. Les artistes ont en effet choisi d’opérer la nuit, dans l’obscurité, clandestinement, comme pour communier dans ce sentiment d’incertitude et de subjectivité, familier des premiers hommes, et propice aux apparitions fugitives. La production des images de Hesse & Romier est le fruit d’une mise en scène minutieuse : repérages, croquis préparatoires, casting, mise en lumière… Les objets sont choisis pour leur plastique, leur matière, leur étrangeté… Rien ne semble laissé au hasard. Pourtant, au delà des symboles qu’il nous est permis de décrypter, quelque chose dans leurs images résiste encore à l’analyse tant du spectateur que de leurs créateurs — et nous renvoie à nous-mêmes, à notre histoire, à nos fantasmes. La juxtaposition des objets, des signifiants et des situations construit les fondations d’une nouvelle tour de Babel. C’est bien dans ce glissement que Cécile Hesse et Gaël Romier définissent la barbarie : quand les images prennent le pouvoir, qu’elles s’expriment et nous interpellent dans une langue étrangère, et qu’elles existent (et naissent) dans un univers qui leur est propre, régies par un ordre ou un chaos qui nous échappe.

 

 

du 27 juin au 4 novembre 2018

1, place du Champ-au-Roy, Guingamp

Ouvert du mercredi au dimanche, de 15 h à 18 h 30

le vendredi de 10 h à 12 h et de 15 h à 18 h 30

Entrée libre

 

 

Hesse & Romier

Barbarians

 

During a residency organized by the Centre d’Art GwinZegal, the artist twosome Cécile Hesse and Gaël Romier carried on their creative work in Brittany. The relationship between the two artists is not new, because they have already been working together for some twenty years. Their earlier works might suggest that the place where they live, and work, has no influence on their oeuvre, to such a degree does their imagination seem free of all context. But this is not the case at all: on the foreshore of the north coasts of Brittany they found the perfect theatre for their actions. No need for any curtain in this motionless representation, it is the tide which will daily cover the stage, erasing the traces of their passage, which, like dreams, in that mixed sensation somewhere between the pleasant and the disquieting, causes us to have doubts, for a split second, about the boundary between reality and dream. The choice of the foreshore is not insignificant, on the borderline between two worlds, earth and sea; one material and restrained, the other inviting us to somewhere else, linked with cosmic forces and conveying a reverie which touches the origins of being and the world. No human figure clutters these landscapes, where the most we can read is one or two hybrid forms on the edge of the animal, mythology and the vegetal—like the ‘headbanger’ character who, frozen in his motion, quietly conjures up the gesticulations of an angry octopus, or the foliage of an exotic plant. In this foreshore décor, which is usually so spectacular, all we see is the ground made up of immaculate sand. The artists in fact decided to work by night, in darkness, and secretly, as if communing in this feeling of uncertainty and subjectivity, familiar to the first human beings, and conducive to fleeting appearances. The making of Hesse & Romier’s images is the outcome of a painstaking staged presentation: locations, preliminary sketches, casting, lighting…The objects are chosen for their physical quality, their matter, and their strangeness… Nothing seems left to chance. Yet, over and above the symbols which we may decipher, something in their images still withstands analysis both by the onlooker and by their creators—and refers us back to ourselves, to our (hi)story, and our fantasies. The juxtaposition of objects, signifiers and situations constructs the foundations of a new Tower of Babel. It is indeed in this shift that Cécile Hesse and Gaël Romier define barbarism: when images assume power, when they are expressed and summon us in a foreign tongue, and when they exist (and are born) in a world which is peculiar to them, governed by an order or a chaos which eludes us.